Revue de presse du 30 septembre 2026
➡️ Intelligence artificielle : les investissements précèdent toujours le modèle économique
Le rapport de Bain publié le 29 septembre situe autour de 6 000 milliards de dollars la facture des nouvelles capacités de calcul à l’horizon 2031. Les abonnements grand public et les gains de productivité internes aux entreprises ne généreraient que 1 200 à 1 800 milliards de dollars. La publicité dans les assistants pourrait apporter 100 à 200 milliards supplémentaires, l’automatisation des véhicules et de la logistique 400 milliards, la robotique 900 milliards. Dans cette projection, quelque 2 700 milliards restent à trouver dans des marchés encore hypothétiques.
Le problème dépasse donc le coût des centres de données. Une entreprise peut économiser du temps grâce à l’IA sans augmenter suffisamment ses dépenses auprès des fournisseurs pour rentabiliser leurs infrastructures. La valeur créée chez l’utilisateur ne devient pas automatiquement un revenu pour celui qui développe le modèle. La concurrence entre fournisseurs peut même réduire leurs prix alors que leurs besoins d’investissement continuent de progresser.
Pour équilibrer l’ensemble, Bain mise notamment sur la découverte de médicaments, de matériaux et de nouveaux produits. Ces applications impliquent toutefois des essais, des validations et une industrialisation dont le calendrier ne se confond pas avec celui de la construction des centres de données. Le risque est celui d’un décalage durable entre les capitaux engagés et les revenus disponibles. Les entreprises capables de financer cette attente pourraient renforcer leur position ; les autres seraient poussées à chercher un partenaire, à se vendre ou à réduire leurs ambitions.
➡️ Russie : conserver une filiale ne signifie plus pouvoir la diriger
Le décret russe du 17 septembre place sous administration provisoire les participations de six groupes étrangers. Sont notamment concernés Auchan, deux filiales de Nestlé, des sociétés de FM Logistic et plusieurs entités de Batilogistic. Depuis avril 2023, ce mécanisme a été utilisé trente fois. Un seul cas de restitution est recensé : Ariston, en mars 2025, après une mobilisation diplomatique italienne.
Cette administration laisse formellement subsister la propriété étrangère, mais transfère l’essentiel des pouvoirs de gestion. Les précédents montrent des changements de direction, des ruptures de liens informatiques avec les maisons mères et des contentieux intragroupes. Rockwool LLC a ainsi réclamé 8,6 milliards de roubles à sa maison mère au titre d’un prêt. Des entités sous administration provisoire ont aussi consacré des fonds à l’acquisition de matériel militaire : 500 millions de roubles pour AB InBev Efes et 600 millions pour Rockwool.
Pour les groupes encore présents, l’exposition dépasse donc la valeur comptable de leurs actifs. Elle concerne leurs marques, leurs données, leurs créances et l’utilisation de leurs filiales après la perte du contrôle. Partir peut coûter très cher, avec des décotes et une contribution de sortie pouvant atteindre 35 % ; rester ne garantit plus la maîtrise de l’activité. La restitution d’Ariston montre qu’une issue diplomatique existe, mais son caractère unique interdit d’en faire une perspective ordinaire.
➡️ Argentine : l’assainissement budgétaire ne suffit pas à reconstruire l’économie
Javier Milei vient à Paris chercher des investisseurs dans les mines et les hydrocarbures, accompagné de quatre ministres et de onze gouverneurs de province. Son gouvernement peut faire valoir un excédent budgétaire et une inflation ramenée à 33,5 % sur un an. Mais le PIB s’est contracté de 0,6 % au deuxième trimestre. Depuis son arrivée au pouvoir, 241 000 emplois privés et 73 000 emplois publics ont disparu. Le chômage officiel atteint 7,9 %, tandis que 44 % des personnes employées travaillent dans le secteur informel.
La transformation économique produit des effets très différents selon les dépenses des ménages. Une étude citée dans les journaux estime que le salaire moyen permet d’acheter 96 kilos de viande locale, contre 156 en 2022. Pour des baskets haut de gamme importées, il représente désormais 10,1 paires, contre 3,4 auparavant. Cette comparaison illustre une économie où l’accès aux produits étrangers s’améliore alors que certaines productions nationales deviennent moins accessibles.
Les investissements extractifs peuvent apporter des devises et soutenir les exportations. Leur effet sur l’emploi, les fournisseurs locaux et les recettes publiques dépendra toutefois des conditions d’exploitation et des liens créés avec le reste de l’économie. Le calendrier politique accentue cette difficulté : Milei doit montrer des résultats avant la présidentielle de 2027, alors que les grands projets miniers et énergétiques produisent leurs effets sur plusieurs années. Avec une approbation tombée à 37 %, il lui faut convertir les annonces d’investissement en améliorations perceptibles dans la vie quotidienne.
➡️ États-Unis : le coût de la vie fragilise la fidélité à Trump
À un peu plus d’un mois des élections du 3 novembre, environ 60 % des Américains désapprouvent Donald Trump. La moyenne des intentions de vote au Congrès donne 50,6 % aux démocrates et 41,9 % aux républicains. Les démocrates ont besoin de trois sièges supplémentaires pour reprendre la Chambre des représentants et de quatre basculements pour obtenir la majorité au Sénat.
La campagne révèle une évolution du rapport de force interne au Parti républicain. Plus d’une dizaine de candidats ont effacé des références au président ou au mouvement MAGA de leurs supports. Moins de 1 % des publicités télévisées républicaines mentionnent Trump, alors que les démocrates le citent dans un spot sur cinq. Les premiers cherchent à individualiser le scrutin ; les seconds veulent rattacher chaque candidat républicain au bilan national.
La guerre en Iran et la hausse des carburants pèsent particulièrement dans les territoires ruraux. Les agriculteurs de l’Iowa subissent aussi le prix des engrais et le recul des exportations vers la Chine. Le risque pour les républicains peut prendre la forme d’une abstention de leurs propres électeurs, sans conversion au vote démocrate. Une perte du Congrès réduirait les marges législatives de Trump et pourrait ouvrir davantage d’enquêtes parlementaires. Elle donnerait aussi aux prétendants républicains pour 2028 une raison supplémentaire de prendre leurs distances. Les sondages ne fixent pas l’issue, mais ils modifient déjà les comportements du parti.
➡️ Irak : le retrait occidental laisse entière la question du pouvoir armé
Le retrait de la coalition internationale devient effectif ce 30 septembre, y compris au Kurdistan irakien. Négocié entre Bagdad et Washington dès 2024, il ferme une séquence ouverte par l’invasion américaine de 2003, puis prolongée par le retour des forces américaines contre l’État islamique. Une coopération sécuritaire bilatérale doit néanmoins continuer.
Les factions pro-iraniennes présentent ce départ comme une victoire. Elles avaient conditionné la remise de leurs armes au retrait des troupes étrangères, mais les discussions portent désormais davantage sur leur intégration à l’appareil étatique que sur leur désarmement. Aucun aboutissement n’est attendu avant mi-2027. Ces groupes disposent déjà de représentants politiques et de relais au sein des institutions : le gouvernement négocie avec des acteurs qui participent eux-mêmes au pouvoir.
Les frappes de drones du 10 septembre contre l’oléoduc saoudien Est-Ouest montrent les conséquences de cette organisation. Le Premier ministre irakien avait assuré à Riyad que son territoire ne servirait pas de base à ce type d’opération, tout en recherchant une aide saoudienne pour exporter son pétrole. L’épisode souligne la difficulté de garantir des engagements diplomatiques quand les chaînes de commandement restent fragmentées. Le retrait occidental ne règle donc ni la capacité de Bagdad à imposer ses décisions, ni son exposition aux affrontements régionaux.
➡️ Chimie allemande : une opération industrielle soumise aux charges du passé
BASF a proposé 10,3 milliards d’euros pour racheter Evonik, soit une valorisation supérieure à 14 milliards dette comprise. Le prix de 22,15 euros par action représente une prime de 28 %. Le directoire d’Evonik a rejeté l’offre, mais la Fondation RAG, détentrice de près de 44 % du capital, jouera un rôle décisif.
Cette fondation finance les conséquences durables de l’exploitation charbonnière allemande, notamment le pompage des eaux dans les anciennes mines et la prévention des dommages aux nappes phréatiques. Elle possède un patrimoine de 16,5 milliards d’euros. En 2025, ses obligations ont coûté 309 millions, tandis que les dividendes d’Evonik lui ont apporté un peu plus de 200 millions.
La décision ne dépend donc pas seulement de la prime proposée aux actionnaires. RAG doit apprécier la sécurité des revenus futurs, qu’elle conserve Evonik, vende ses titres ou les échange contre des actions BASF. La présence de responsables politiques et syndicaux dans sa gouvernance ajoute les enjeux d’emploi, de sites industriels et d’investissement. Face à la concurrence chinoise, BASF cherche à renforcer sa position ; la fondation doit, elle, assurer une ressource durable. Ces objectifs peuvent converger, mais une offre financière élevée ne suffit pas à les réconcilier.
➡️ Airbus : le fret ouvre un marché où les positions sont encore très déséquilibrées
L’A350F a effectué son premier vol le 29 septembre. Avec une capacité de 110 tonnes et une autonomie de 8 700 kilomètres, il compte déjà 115 commandes de quinze clients. Sa certification est attendue à la mi-2027 et son entrée en service en fin d’année, alors que le programme devait initialement être opérationnel en 2025.
Boeing représente 83 % de la flotte cargo en activité, contre 13 % pour Airbus. Le constructeur européen affirme cependant avoir remporté 60 % des commandes fermes depuis la présentation de l’A350F et de son concurrent, le 777-8F. L’arrivée d’Atlas Air, qui a commandé vingt appareils alors que sa flotte est entièrement composée de Boeing, constitue un signal commercial particulièrement significatif.
La hausse du carburant et le vieillissement des flottes favorisent les appareils plus économes. Mais les avions de passagers convertis en cargos restent une concurrence importante grâce à leur coût d’acquisition inférieur. Airbus doit donc démontrer que l’économie d’exploitation justifie l’achat d’un appareil neuf. Le potentiel est considérable : le fret aérien ne transporte qu’environ 1 % des marchandises, mais concentre 35 % de leur valeur. Les composants électroniques et le commerce en ligne soutiennent cette demande ; la capacité à livrer aux dates promises déterminera la part qu’Airbus pourra en capter.
➡️ Dette française : le refinancement réduit progressivement les choix budgétaires
L’État prévoit de lever 340 milliards d’euros en 2027, dont 189,2 milliards pour refinancer des emprunts arrivant à échéance. La charge budgétaire de sa dette atteindrait 72,9 milliards, contre 62,6 milliards cette année. La dette publique totale s’établit à 3 595,5 milliards d’euros fin juin, soit 119 % du PIB.
La France trouve encore des acheteurs : depuis janvier, les demandes ont représenté 2,5 fois les montants proposés pour les émissions à moyen et long terme. Mais elle emprunte plus cher. Le rendement à dix ans atteignait 4,75 % mardi après-midi, avec un écart de 1,16 point par rapport à l’Allemagne. Les anciennes obligations à taux très faibles sont progressivement remplacées par des titres plus coûteux.
La durée moyenne de la dette, proche de huit ans et demi, ralentit cette transmission. Elle ne l’annule pas. Le budget doit absorber 10,3 milliards d’intérêts supplémentaires en 2027, tandis que le dernier versement européen du plan de relance, de 6,1 milliards en 2026, disparaît. Même une stabilisation des taux laisserait donc monter une partie de la facture. Le débat budgétaire porte autant sur les dépenses et les recettes nouvelles que sur la place croissante occupée par les engagements passés.
➡️ Stellantis : les commandes électriques se heurtent à la réalité industrielle
Quatre usines françaises de Stellantis suspendront leur production en octobre. À Mulhouse, l’arrêt prévu du 15 au 30 répond à une demande insuffisante pour les modèles produits. À Rennes et Sochaux, les commandes de véhicules électriques sont au contraire fortes, notamment pour les versions à grande autonomie, mais les approvisionnements en batteries ne suivent pas.
La montée en puissance de l’usine ACC de Douvrin reste difficile. Le fabricant, dont Stellantis est actionnaire et principal client, travaille à augmenter les volumes et à réduire les rebuts. Il a fait appel au chinois EVE. ACC affirme que sa production de septembre sera proche de celle de toute l’année précédente, ce qui mesure à la fois l’accélération engagée et la faiblesse du point de départ.
Ces arrêts rappellent qu’une usine d’assemblage dépend du rythme de toute sa chaîne de fournisseurs. La progression de la demande électrique ne garantit ni une hausse immédiate des livraisons, ni la continuité du travail sur les sites. Pour l’industrie européenne, l’enjeu est de maîtriser la fabrication des batteries à grande échelle, avec une qualité régulière et des coûts soutenables. Le recours à une expertise chinoise montre combien cette autonomie demeure en construction.
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Enseignants : le renouvellement des effectifs rend l’attractivité urgente
En milieu de carrière, les enseignants français gagnent 18 % de moins que la moyenne de l’OCDE, contre un écart de 2 % au début et de 4 % en fin de carrière. Seuls 27 % se disent satisfaits de leur salaire, contre 40 % dans l’organisation. La reconnaissance sociale est plus faible encore : 4 % estiment leur profession valorisée, contre 22 % dans l’OCDE.
Les postes non pourvus, au nombre de 2 900, ne suffisent pas à décrire les difficultés. Le remplacement des absents pèse sur les cours assurés, et 45 % des chefs d’établissement déclarent que le manque d’enseignants entrave l’enseignement. Ce taux a reculé depuis les 67 % de 2022, mais reste très supérieur aux 17 % de 2018.
La structure d’âge annonce une pression supplémentaire : 23 % des enseignants du secondaire ont au moins 55 ans, contre 6 % des autres actifs diplômés d’un master. Les politiques de recrutement doivent donc anticiper les départs, tout en préservant les professionnels déjà en poste. L’écart salarial en milieu de carrière pose une question précise : celle de la progression offerte après plusieurs années d’expérience. Revaloriser uniquement l’entrée dans le métier ne résout pas ce problème, alors que la continuité et la qualité de l’enseignement dépendent aussi de la stabilité des équipes.
Alexandra Richert
Attachée de presse et fondatrice du cabinet Advocaciz.
Experte en relations presse, relations publiques et gestion de crise réputationnelle.




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