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Que regarder dans l'actualité du 17 septembre?

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Advocaciz
il y a 6 minutes
6 min de lecture

Il faut regarder avec attention ce qui s’est passé hier à Strasbourg.


Devant le Parlement européen, en présence du Premier ministre canadien Mark Carney, Ursula von der Leyen a proposé que le Canada devienne le premier « membre associé » de l’Union européenne.


Le statut n’existe pas. Il faudra donc lui donner un contenu juridique et politique. Mais la liste des domaines cités permet déjà de comprendre l’ambition : fabrication avancée, technologies, défense, Arctique, énergie, minerais critiques, batteries, intelligence artificielle, quantique, cybersécurité et sécurité économique. Bruxelles veut également créer avec Ottawa un « espace commun de prospérité et de sécurité économique ».

Ce n’est pas une déclaration diplomatique de plus.


Depuis l’entrée en application provisoire du CETA en 2017, les échanges de biens entre l’Union et le Canada ont progressé de plus de 75 % et ceux de services de 97 %. Bruxelles propose maintenant de passer du libre-échange à quelque chose de beaucoup plus intégré : rapprocher les appareils industriels, technologiques et stratégiques.

Autrement dit, le commerce ne suffit plus.


Après le libre-échange, les blocs

Pendant trente ans, l’économie mondiale s’est organisée autour d’une idée relativement simple : acheter là où c’est le moins cher, produire là où c’est le plus efficace, financer là où le capital est disponible.

Cette mécanique n’a pas disparu. Mais elle est désormais concurrencée par une autre question : avec qui peut-on se permettre de dépendre ?


C’est là que le rapprochement avec le Canada devient intéressant.

L’Europe dispose d’un marché de près de 450 millions d’habitants, d’une importante base industrielle et d’un pouvoir réglementaire considérable. Le Canada apporte autre chose : territoire, énergie, minerais, accès à l’Arctique, ressources naturelles et proximité avec le marché nord-américain.


La proposition de von der Leyen ne porte donc pas seulement sur l’élargissement d’une communauté politique. Elle dessine potentiellement une périphérie stratégique de l’Union, plus intégrée qu’un simple partenaire commercial mais sans nécessairement passer par l’adhésion traditionnelle.

Et ce modèle pourrait, à terme, poser une question autrement plus large : si un statut d’association est créé pour le Canada, que pourrait-il signifier demain pour le Royaume-Uni, la Norvège ou d’autres partenaires proches ?

Ce n'est pour l'instant qu'une perspective. Mais le précédent institutionnel serait considérable.


Défense, énergie, technologie : les mêmes dossiers

Le second élément du discours européen confirme cette évolution.

Von der Leyen propose la création d’un Conseil européen de sécurité associant des partenaires comme le Canada, le Royaume-Uni, la Norvège et l’Ukraine. Elle souhaite également créer un protocole européen d’urgence, conçu comme un mécanisme de consultation face aux menaces hybrides, parallèlement à l’article 4 de l’OTAN.

L’intérêt est moins institutionnel qu’économique.

Car derrière la défense se trouvent désormais exactement les mêmes actifs que derrière l’économie : satellites, cloud, semi-conducteurs, réseaux, câbles sous-marins, métaux, énergie, logiciels et intelligence artificielle.


Nexans en fournit aujourd’hui une illustration beaucoup plus concrète. Le groupe français inaugure à Halden, en Norvège, une troisième navire câblier, l’Electra, destiné au marché des câbles sous-marins. Ce marché est porté notamment par l’interconnexion des réseaux électriques et le développement de l’éolien offshore.

Un câble électrique, une batterie ou un data center ne sont plus seulement des infrastructures industrielles. Ils deviennent des éléments de souveraineté.


L’intelligence artificielle rend le problème européen encore plus visible

Le cas Mistral est probablement le meilleur révélateur de cette nouvelle économie.

Les Échos pose brutalement la question : « Mistral : le champion qui pourrait abandonner la course à l’IA ». La société française doit arbitrer entre la course aux modèles de pointe, extrêmement consommatrice de capitaux et de puissance informatique, et le développement de solutions davantage spécialisées pour les entreprises.

Le problème n’est plus de savoir si l’Europe possède de bons ingénieurs.

Elle en possède.

Le problème est l’échelle financière et industrielle nécessaire pour transformer la recherche en infrastructure mondiale.


Et pendant que l’Europe cherche son modèle, la Chine accélère.

Le Figaro consacre une page entière à « l’essor fulgurant des IA chinoises », désormais suffisamment compétitives pour inquiéter Anthropic et OpenAI. Kimi figure parmi ces nouveaux acteurs. Dans le même temps, Pékin cherche à empêcher la fuite de ses spécialistes de l’intelligence artificielle vers l’étranger.


On retrouve donc exactement la même logique : le talent devient une ressource stratégique au même titre que les puces, l’électricité ou les minerais.

Von der Leyen ne s’y trompe d’ailleurs pas en plaçant explicitement l’IA, le quantique et la cybersécurité dans le futur partenariat canadien.


La souveraineté industrielle se jouera aussi à 15 000 euros

La voiture électrique raconte la même histoire, mais par le bas.

Après avoir longtemps concentré la transition électrique sur des véhicules chers, lourds et fortement équipés, les constructeurs cherchent maintenant à produire une électrique européenne à moins de 15 000 euros. Les Échos consacre son ouverture entreprises à cette bataille.

Le chiffre est essentiel.

La transition automobile ne sera réellement massive que lorsque l’électrique cessera d’être un produit premium ou largement dépendant des aides publiques.

Mais fabriquer une voiture à 15 000 euros oblige à reprendre toute l'équation : batterie plus petite, véhicule plus léger, équipements réduits, chaîne industrielle raccourcie et volumes suffisants.

Et derrière la voiture revient immédiatement la batterie.


Dans les Hauts-de-France, Tiamat prépare une usine de batteries sodium-ion. Le sodium présente un intérêt évident : il est beaucoup plus abondant que le lithium et peut réduire la dépendance à certains matériaux critiques pour des usages où la densité énergétique maximale n’est pas indispensable.

La batterie devient ainsi un bon résumé de la politique industrielle contemporaine : il ne suffit plus de demander quelle technologie est la plus performante. Il faut demander combien elle coûte, où elle est fabriquée, avec quelles matières premières et avec quelle dépendance extérieure.


Même problème avec l’hydrogène : entre ambition et économie réelle

La France tente parallèlement de relancer l’hydrogène vert après plusieurs années difficiles pour la filière.

Les projets ont été ralentis par leurs coûts, la faiblesse de la demande et la difficulté à construire suffisamment rapidement les infrastructures nécessaires. Les Échos décrit aujourd’hui une nouvelle tentative de relance du secteur.

C’est une autre leçon industrielle importante.

Annoncer une filière ne crée pas un marché.

Il faut simultanément produire, transporter, financer et trouver des acheteurs capables de payer le surcoût initial. L’Europe découvre avec l’hydrogène ce qu’elle découvre avec les batteries, les semi-conducteurs et l’IA : la souveraineté coûte cher avant éventuellement de rapporter.


Et pendant que l’Europe cherche sa taille critique, Revolut l’a déjà trouvée

Le contraste avec la finance numérique est frappant.

Revolut prépare une nouvelle phase de son expansion européenne après une croissance extrêmement rapide. L'entreprise revendique environ 75 millions de clients et vise 100 millions en 2027. Ses revenus sont passés d'environ 1,1 milliard d’euros en 2022 à 5,2 milliards en 2025. Son résultat avant impôt atteint 1,9 milliard et sa valorisation 115 milliards de dollars.

Ce qui était encore une fintech il y a quelques années devient une plateforme financière continentale.

Et l’étape suivante est plus intéressante que la précédente.


Après avoir conquis les particuliers avec le paiement et le compte courant, Revolut cherche à élargir la relation : crédit, épargne, investissement, entreprises.

Le modèle économique change alors de nature. La valeur ne réside plus seulement dans le service bancaire vendu mais dans la relation quotidienne avec plusieurs dizaines de millions de clients, les données qu’elle produit et la capacité de leur distribuer d’autres produits.


Le phénomène dépasse Revolut. Dans la banque comme dans le commerce ou les médias, la bataille se déplace vers celui qui contrôle l’interface.


Meta commence d’ailleurs à facturer ce qui était gratuit

Autre signal : Meta lance des abonnements payants sur ses réseaux sociaux et promet notamment des fonctionnalités supplémentaires liées à l’intelligence artificielle.

Pendant vingt ans, la règle des grandes plateformes était simple : service gratuit, audience massive, publicité.

Elle devient plus hybride : publicité, abonnement, fonctionnalités premium et IA.

Même Roblox cherche désormais à élargir son public adulte tout en renforçant la protection des enfants.

La croissance numérique ne consiste donc plus seulement à gagner de nouveaux utilisateurs. Elle consiste à extraire davantage de valeur de chaque utilisateur existant et à élargir la population adressable.


C'est aussi ce que raconte, curieusement, le marché du jouet

Le marché français du jouet progresse de 8,5 % en valeur entre janvier et juillet. Mais une partie de cette croissance provient désormais des adultes : collectionneurs, licences, Lego, figurines et produits nostalgiques.

Ce chiffre paraît anecdotique à côté de l’IA ou des relations transatlantiques.

Il ne l’est pas complètement.

Dans une économie européenne vieillissante et dans laquelle le nombre d’enfants progresse peu ou recule, les industriels commencent à déplacer leurs marchés au lieu d’attendre que la démographie les rattrape.

Le jouet pour adultes en est une manifestation. L'allongement de la clientèle devient lui-même une stratégie de croissance.


Les territoires sont eux aussi entrés dans la compétition

Même transformation du côté des villes universitaires.

Les collectivités se battent désormais pour attirer les étudiants avec les mêmes instruments que pour attirer les entreprises : immobilier, transports, qualité de vie, services et image.

Le logement devient le point critique. Les Échos cite notamment LWS Hospitality, qui vise 5 000 logements étudiants d’ici 2030.

Un étudiant est évidemment un étudiant. Mais pour une ville, il est aussi un habitant, un consommateur, un futur diplômé et potentiellement un futur actif.

La compétition économique se déplace donc jusque dans la capacité à loger une population de 20 ans.


Même les déplacements professionnels racontent le retour du réel

Les voyages d’affaires ont retrouvé une dynamique soutenue. Mais les entreprises absorbent désormais une hausse importante du coût des billets, des hôtels et de la restauration.

Le sujet pourrait sembler secondaire après la généralisation de Teams et Zoom.

Il dit pourtant quelque chose : la visioconférence n’a pas supprimé la rencontre physique. Elle a surtout rendu les entreprises plus sélectives sur les raisons de se déplacer.



La mondialisation n’a donc pas disparu. Elle coûte davantage et elle se choisit davantage.

 
 
 

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