🚨LE DISCOURS ET LA MÉTHODE
- Alexandra Richert
- il y a 5 jours
- 2 min de lecture
Comment parler pour être repris?
Si vous voulez être repris, vous devez adapter ce que vous dites aux convictions implicites de ceux qui écrivent.
Ce constat est rarement formulé ainsi. Il structure pourtant l’essentiel de la reprise médiatique.
Les entreprises parlent. Beaucoup. Souvent avec précision, cohérence et sincérité.
Ce qui leur échappe plus fréquemment, c’est le régime de parole dans lequel les journalistes inscrivent leurs propres récits.
À la lecture des Échos du jour, l’économie française ne va ni bien ni mal. Elle tient.
Le vocabulaire est stable.
Résister.
Encaisser.
S’ajuster.
Ces mots ne promettent rien. Ils n’exigent aucune adhésion. Ils sont compatibles avec l’incertitude.
Ce choix lexical n’est pas neutre. Il traduit une conviction implicite : dans un monde instable, la parole crédible est une parole de continuité, pas de projection. Les récits d’avenir ne disparaissent pas, ils se déplacent hors du champ médiatique immédiat.
C’est là que se joue l’essentiel du décalage entre la parole des entreprises et celle qui est reprise.
Beaucoup de directions continuent à produire des discours de vision, de transformation et d’engagement. Ces discours sont souvent justes. Ils sont aussi souvent hors tempo. Ils supposent un futur lisible et une capacité collective à s’y projeter, là où le traitement médiatique privilégie désormais la stabilisation du présent.
Lorsqu’un message n’est pas repris, la tentation consiste à le renforcer. À le rendre plus incarné, plus ambitieux, plus affirmé. Cette stratégie aggrave souvent le décalage. Ce n’est pas l’intensité du message qui pose problème, mais son régime de langage.
Aujourd’hui, la parole reprise est une parole qui n’oblige pas.
Elle n’oblige ni à croire, ni à espérer, ni à adhérer.
Elle se contente de constater que le système tient encore.
Adapter sa parole à ce régime ne signifie pas renoncer à toute vision. Cela suppose de comprendre que la vision ne s’énonce plus frontalement. Elle se laisse deviner dans des arbitrages, des choix, des continuités assumées.
Les journalistes ne cherchent plus à relayer des promesses. Ils cherchent des récits compatibles avec leurs propres convictions sur l’état du réel. Les entreprises qui continuent à parler comme si l’époque attendait encore des projections découvrent surtout le silence.
La question n’est donc pas ce que vous voulez dire…
Mais si votre manière de parler est compatible avec la manière dont ceux qui écrivent pensent le monde. .
