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Carburants? Mon analyse de la communication gouvernementale

  • Alexandra Richert
  • 5 mars
  • 3 min de lecture

« Pas de risque à court terme » : la nouvelle version de « les masques ne servent à rien »



Depuis quelques jours, face aux tensions au Moyen-Orient et aux inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique, la même phrase revient dans les déclarations publiques :

« Il n’y a pas de risque à court terme. »


La formule est désormais familière. Elle a l’avantage d’être simple. Elle a surtout celui d’être rassurante.


Mais elle soulève une question qui dépasse largement la situation actuelle : qui écrit ces phrases ?


Car les responsables politiques parlent rarement sans filet. Derrière chaque déclaration publique, il y a des notes, des fiches, des réunions de cabinet, des communicants chargés d’ajuster les mots pour éviter l’inquiétude. Cette mécanique est connue. Elle est même nécessaire : gouverner, c’est aussi éviter la panique.


Encore faut-il ne pas franchir la frontière entre rassurer et infantiliser.


Dans le cas présent, l’argument avancé tient en un mot : les stocks.

La France, comme les autres pays membres de l’Agence internationale de l’énergie, est tenue de disposer de réserves stratégiques équivalentes à quatre-vingt-dix jours d’importations de pétrole. Sur le papier, le dispositif paraît solide.


Mais lorsque l’on cherche à connaître l’état réel de ces réserves, le flou s’installe.


Les derniers chiffres publics remontent à plusieurs années. Un projet de loi de 2020 évoquait environ 18 millions de mètres cubes de stocks, répartis dans une centaine de dépôts pétroliers, dont la grande majorité serait détenue par la SAGESS, l’organisme chargé de leur gestion.


Depuis, les données précises ne sont plus réellement accessibles. Interrogée récemment sur les volumes actuels, l’administration n’a pas apporté de réponse claire.


Autrement dit, la parole publique se veut catégorique — « il n’y a pas de risque » — alors même que les informations permettant de l’étayer ne sont pas disponibles pour le public.


Ce décalage n’est pas anodin. Il révèle une habitude bien ancrée de la communication publique française : affirmer avant d’expliquer.


Le général de Gaulle, que l’on invoque volontiers dès qu’il est question de courage ou de souveraineté nationale, avait une exigence simple : la clarté. Un chef d’État devait parler de manière à être compris de tous.


Certes, de Gaulle lui-même savait manier l’ambiguïté. Son célèbre « Je vous ai compris » demeure l’une des phrases les plus célèbres de la Ve République précisément parce qu’elle permettait à chacun d’y entendre ce qu’il voulait entendre.


Mais aujourd’hui, il ne s’agit plus d’ambiguïté. Il s’agit souvent d’une forme de facilité.


On répète des formules rassurantes. On gomme les incertitudes. On préfère la tranquillisation immédiate à l’explication honnête.


Or l’histoire récente devrait nous rendre prudents.


Au début de la crise sanitaire, les autorités expliquaient que les masques n’étaient pas utiles pour la population générale. On sait aujourd’hui que cette affirmation devait surtout masquer une réalité plus simple : il n’y en avait pas suffisamment.


La leçon de cet épisode est claire. Les citoyens supportent l’incertitude. Ce qu’ils supportent mal, en revanche, c’est d’avoir le sentiment que l’on maquille la réalité pour les rassurer.


Dans un monde instable, où les crises énergétiques et géopolitiques peuvent surgir brutalement, la parole publique n’a pas besoin d’être rassurante à tout prix. Elle doit être lucide.


Car la confiance ne naît pas des phrases qui ferment les questions. Elle naît de celles qui acceptent de les poser.


Machiavel, dont on dit qu’il figure parmi les lectures de chevet du président de la République, écrivait dans Le Prince :

« Chacun voit ce que tu parais être, peu connaissent ce que tu es. »


Mais lorsque la parole publique ne repose ni sur la vérité, ni sur la confiance, elle produit un effet plus dangereux encore : l’indifférence.


Et lorsque les citoyens cessent d’y croire, ils cessent simplement de participer.


Alors les discours continuent.

Mais les isoloirs se vident.


Et il m’arrive de me demander si, au fond, ce n’est pas devenu une stratégie!



Alexandra Richert

 
 
 

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