Revue de presse du 6 octobre
La France fragilise l’euro
Le projet de budget français sera examiné par la Commission européenne en novembre avec des comptes publics encore très dégradés. Le déficit atteindrait 5,4 % du PIB en 2026 et 5 % en 2027. Le Haut Conseil des finances publiques juge « peu probable » le retour sous les 3 % en 2029, objectif sur lequel Paris s’est pourtant engagé auprès de ses partenaires.
Depuis la réforme des règles budgétaires européennes de 2024, Bruxelles suit particulièrement la dépense primaire nette, qui mesure l’évolution des dépenses en neutralisant notamment les intérêts de la dette et certaines dépenses conjoncturelles. Le Conseil européen avait demandé à la France de limiter sa progression à 0,8 % en 2025 puis 1,2 % par an en 2026 et 2027. Paris prévoit finalement 1,4 % en 2026, avant un ambitieux 0,7 % en 2027. Ce dernier chiffre suppose que les recettes annoncées soient effectivement encaissées et que les dépenses soient tenues pendant une année présidentielle.
Le risque français dépasse les relations entre Paris et Bruxelles. La France emprunte massivement sur les mêmes marchés que l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis et les grands émetteurs privés. Les investisseurs comparent en permanence rendement, liquidité et risque politique. Une défiance durable envers la trajectoire française renchérit donc progressivement le financement du pays et pèse sur la perception de l’ensemble de la zone euro.
L’enjeu des prochaines semaines sera moins l’annonce d’un objectif supplémentaire que l’exécution réelle du budget. C’est désormais sur cette capacité que Paris sera jugé.
La France cherche de l’argent dans ses dépenses fiscales
Près de 90 milliards d’euros de crédits, réductions et exonérations fiscales constituent un gisement évident pour un gouvernement contraint de réduire son déficit. Certaines niches sont donc réexaminées tandis que l’impôt minimal sur les hauts revenus devrait être prolongé, avec environ 790 millions d’euros de recettes attendues.
L’équation budgétaire est pourtant moins mécanique qu’elle en a l’air. Une dépense fiscale correspond souvent à un choix de politique économique : encourager l’investissement, l’emploi à domicile, la recherche, l’immobilier ou la transmission. Réduire une niche modifie le comportement qu’elle finançait et peut déplacer la dépense plutôt que la supprimer.
Pour les entreprises, le sujet essentiel devient la prévisibilité. Les décisions d’investissement, de recrutement ou de localisation reposent sur des calculs pluriannuels. Une fiscalité fréquemment modifiée augmente l’incertitude au moment même où le coût du financement impose déjà davantage de sélectivité.
Le budget 2027 révèle ainsi une difficulté française ancienne devenue beaucoup plus pressante : trouver des recettes rapides sans dégrader davantage les conditions de l’investissement.
Schneider Electric veut changer de dimension dans le logiciel
Schneider Electric travaille sur une acquisition de l’américain PTC pour environ 20 milliards d’euros. Le montant attire l’attention ; la logique industrielle est plus importante encore.
PTC développe des logiciels utilisés pour la conception, le suivi et l’exploitation des produits et équipements industriels. Schneider occupe déjà une position mondiale dans l’électrification, l’automatisation et la gestion de l’énergie. Une acquisition de cette ampleur renforcerait sa maîtrise de la couche numérique qui pilote désormais les équipements physiques.
L’industrie crée de plus en plus de valeur après la vente de la machine : données, maintenance prédictive, optimisation de la consommation, simulation, logiciels de pilotage et services récurrents. Le fournisseur capable de réunir équipements, logiciels et données s’installe plus profondément dans les opérations de son client et augmente mécaniquement le coût d’un changement de prestataire.
La croissance de l’intelligence artificielle renforce cette logique. Les centres de données nécessitent des quantités considérables d’électricité, de refroidissement et d’équipements de contrôle. Schneider se trouve précisément sur cette chaîne de valeur.
L’opération révèle aussi un déséquilibre transatlantique persistant. L’Europe possède des champions industriels mondiaux ; une partie des technologies logicielles dont ils ont besoin reste concentrée aux États-Unis. Schneider choisit donc de mobiliser une capacité financière européenne pour acheter rapidement une brique technologique américaine.
L’absentéisme devient un problème de compétitivité
La persistance des arrêts de travail à des niveaux élevés commence à être traitée comme un sujet économique à part entière. Leur coût réel additionne indemnisation, prévoyance, remplacement, heures supplémentaires, réorganisation des équipes et pertes de production.
L’effet varie fortement selon la taille de l’entreprise. Un grand groupe peut répartir une absence entre plusieurs équipes. Dans une entreprise de dix salariés, une personne absente représente immédiatement 10 % de l’effectif. Certaines compétences techniques sont en outre difficiles à remplacer rapidement.
Cette situation intervient dans un environnement déjà chargé : progression des coûts salariaux, financement plus cher, réglementation, énergie et faibles gains de productivité. La prévention de l’absentéisme rejoint donc progressivement les politiques de ressources humaines, d’organisation du travail et de compétitivité.
Pour les petites entreprises, le sujet mérite une attention particulière : la fragilité d’une organisation augmente beaucoup plus vite que la seule statistique des jours d’absence.
L’Occident réduit son aide et son influence
L’aide publique au développement mondiale a chuté de 23,1 % en 2025, une contraction d’une ampleur inédite. Les États-Unis représentent à eux seuls 75,1 % de la baisse, après une réduction de 56,9 % de leur contribution.
Le classement mondial des donateurs s’en trouve bouleversé. L’Allemagne arrive en tête avec 29,1 milliards de dollars, devant les États-Unis, 29 milliards, le Royaume-Uni, 17,2 milliards, le Japon, 16,2 milliards, et la France, 14,5 milliards. Ces cinq pays concentrent 95,7 % de la baisse mondiale.
Le choc atteint maintenant les opérations. Le HCR n’avait reçu fin juillet que 32 % des 8,5 milliards de dollars nécessaires à son fonctionnement. Au Tchad, 319 000 réfugiés ne peuvent plus être enregistrés. Quelque 200 000 femmes et 233 000 enfants pourraient perdre des services de protection. Au Soudan, un dispositif humanitaire ayant permis d’acheminer de l’aide à 2,84 millions de personnes depuis 2023 risque l’interruption faute de financement.
La France participe à ce retrait. Ses crédits consacrés à l’aide internationale sont passés de 895 millions d’euros en 2024 à 294 millions en 2026, et le prochain budget prévoit une nouvelle réduction de 43 %.
Ces chiffres ont une lecture géopolitique.
L’aide au développement finance des écoles et des programmes sanitaires, mais également des experts, des administrations, des infrastructures, des ONG et des relations institutionnelles. Elle crée des réseaux durables dans les pays bénéficiaires.
Réduire ces moyens revient donc aussi à réduire une présence. Dans les pays africains où plusieurs puissances se disputent accès aux marchés, ressources, contrats publics et influence politique, les espaces laissés vacants seront occupés.
L’humanitaire cherche son propre financement
La crise des budgets d’aide accélère la recherche de ressources indépendantes des arbitrages budgétaires annuels. Un amendement français propose ainsi de prélever un centime par canette de soda pour financer la lutte contre la malnutrition. D’autres pistes portent sur les jeux d’argent et les billets d’avion.
L’idée repose sur une fiscalité de masse : prélever une somme presque imperceptible sur un nombre considérable de transactions pour constituer une ressource affectée. Elle répond aussi à l’abandon progressif de l’engagement, pris dès 1970, de consacrer 0,7 % du PIB à l’aide au développement.
Le changement mérite attention. Une politique internationale financée directement par une taxe dédiée dépend moins du budget annuel de l’État. Elle devient en revanche dépendante de la consommation taxée et crée une nouvelle catégorie de prélèvements affectés.
La contraction actuelle de l’aide pourrait donc transformer durablement son modèle de financement.
En Espagne, le logement fait tomber la législature
Pedro Sánchez a convoqué des élections anticipées pour le 29 novembre, après le rejet de son plan logement par 184 voix contre 166. Le Parti populaire, Vox et les indépendantistes catalans de Junts ont voté contre ; les formations de gauche l’ont soutenu.
Le projet prévoyait notamment la prolongation jusqu’en 2030 de la protection contre certaines expulsions, le renouvellement automatique des baux et des mesures visant les fonds immobiliers. Son rejet a déclenché des manifestations dans plusieurs grandes villes.
La crise immobilière espagnole concentre plusieurs tensions européennes : hausse des loyers, multiplication des locations touristiques, investissements étrangers, fonds immobiliers et éloignement progressif des actifs des centres urbains.
Le problème finit par toucher directement l’économie productive. Le logement détermine le bassin dans lequel une entreprise peut recruter. Plus les salariés doivent vivre loin de leur emploi, plus augmentent temps de transport, exigences salariales et difficultés de recrutement. Le coût immobilier se transmet ainsi au coût du travail.
Le pari de Pedro Sánchez reste très risqué. Les sondages placent le Parti populaire devant les socialistes et Vox progresse suffisamment pour devenir un partenaire possible d’une majorité de droite. À 54 jours du scrutin, une politique du logement est devenue l’élément déclencheur d’une recomposition nationale.
En Libye, les enseignants posent la question du partage de la rente
La rentrée scolaire n’a toujours pas eu lieu. 170 000 enseignants sont en grève et l’ensemble des écoles publiques restent fermées dans un pays de 7 millions d’habitants. Les salaires des professeurs oscillent entre 1 000 et 2 500 dinars libyens, soit environ 140 à 350 euros, avec des versements irréguliers et sans couverture médicale. Les classes comptent fréquemment une quarantaine d’élèves.
Le mouvement présente une particularité politique majeure : il mobilise simultanément l’Est et l’Ouest d’un pays divisé entre autorités rivales. L’école fait partie des rares administrations ayant conservé une implantation nationale depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Les rémunérations des fonctionnaires passent par la Banque centrale, ce qui transforme directement la revendication salariale en question nationale.
La Libye dispose pourtant de ressources considérables. La contestation porte donc sur leur redistribution, la qualité des services publics et la capacité des institutions à convertir la rente en développement.
L’autorité de Tripoli négocie l’intégration des enseignants à l’assurance-maladie et un réaménagement du calendrier scolaire. L’Est soutient une grille salariale harmonisée mais renvoie son financement à la Banque centrale.
Cette grève touche ainsi à l’un des dossiers les plus sensibles du pays : qui décide de l’utilisation des ressources nationales et comment leur produit est-il réparti entre territoires et population ? C’est aussi ce qui lui donne une portée politique très supérieure à un simple conflit salarial.
Alexandra Richert
Attachée de presse et fondatrice du cabinet Advocaciz.
Experte en relations presse, relations publiques et gestion de crise réputationnelle.




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