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Revue de presse du 13 octobre

Alexandra Richert
il y a 15 heures
8 min de lecture

Cybersécurité, industrie, Chine : les dépendances économiques mises à l’épreuve


1. Cyberattaque contre les supermarchés : quand un logiciel peut interrompre la chaîne alimentaire

Dans la nuit du 11 au 12 octobre, plusieurs centaines de supermarchés français ont subi une cyberattaque visant leurs installations frigorifiques. L’opération n’a pas consisté à voler des données personnelles ou à bloquer des ordinateurs contre une rançon. Les attaquants ont modifié les paramètres de fonctionnement des équipements chargés de conserver les produits alimentaires.

Le bilan provisoire concerne environ 300 magasins Intermarché et Netto, une centaine de magasins Coopérative U, 80 Carrefour, une trentaine de Monoprix et plusieurs établissements E.Leclerc. Le grossiste Metro et certaines entreprises de la filière viande ont également été touchés.


Une modification informatique aux conséquences physiques

Les pirates ont exploité des vulnérabilités affectant des systèmes de contrôle frigorifique fournis par le groupe danois Danfoss.

Le mécanisme est particulièrement révélateur. Les attaquants auraient porté les températures de dégivrage à 50 °C et prolongé les cycles de dégivrage d’une heure à huit heures, retardant ainsi le déclenchement des alertes. Dans certains établissements, des températures encore plus élevées ont été constatées.

À Gradignan, en Gironde, un exploitant Intermarché a déclaré une perte de marchandises de 21 000 euros au prix d’achat. Des magasins ont dû fermer temporairement, vider leurs congélateurs et détruire les denrées dont la conservation ne pouvait plus être garantie.

À l’échelle nationale, les pertes pourraient atteindre plusieurs millions, voire dizaines de millions d’euros. Aucun bilan financier consolidé n’est encore disponible.


Une vulnérabilité connue avant l’attaque

Le fournisseur Danfoss avait publié une alerte de sécurité le 1er août concernant certaines vulnérabilités de ses logiciels. Selon l’entreprise, une majorité des unités concernées seraient des équipements obsolètes, arrivés en fin de vie et ne bénéficiant plus de mises à jour de sécurité.

La difficulté tient aussi à l’organisation du secteur. Dans de nombreux réseaux de distribution, les équipements techniques sont administrés localement ou confiés à des prestataires spécialisés. Les procédures de maintenance, les versions logicielles et les niveaux de protection peuvent donc varier d’un magasin à l’autre.

Une faille commune à plusieurs installations suffit alors à provoquer des dommages simultanés dans des enseignes concurrentes.


Responsabilité et assurances : un deuxième risque après l’attaque

La question de l’indemnisation est désormais centrale.

Une assurance cyber ne couvre pas nécessairement les pertes de denrées, les dommages matériels ou l’interruption d’activité provoqués par une modification malveillante des paramètres industriels. La réponse dépend des garanties souscrites et des exclusions contractuelles.

Il faudra également déterminer les responsabilités éventuelles des fabricants, installateurs, prestataires de maintenance et exploitants.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête confiée à l’Office anticybercriminalité. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information a également été saisie.

L’affaire dépasse la grande distribution. Les mêmes catégories de systèmes connectés sont présentes dans les hôpitaux, les entrepôts logistiques, les industries agroalimentaires et les réseaux énergétiques.

La protection de ces équipements conditionne directement la continuité de services essentiels.



2. Eramet : pourquoi l’État français reprend la première place au capital d’un groupe minier

L’annonce du 12 octobre marque un changement important dans l’actionnariat d’Eramet.

L’État français, qui détient actuellement 27,1 % du capital du groupe, va renforcer sa participation et devenir son premier actionnaire, devant la famille Duval, actionnaire de référence depuis la fin des années 1990.

L’opération repose sur une augmentation de capital de 500 millions d’euros, prévue au quatrième trimestre 2026.


Une intervention dictée d’abord par la situation financière

Eramet traverse une période de difficultés financières. Le groupe doit renforcer ses fonds propres, respecter ses engagements bancaires et retrouver des marges de financement pour poursuivre ses activités.

Une augmentation de capital consiste à émettre de nouvelles actions afin de faire entrer de l’argent dans l’entreprise. Elle peut entraîner une dilution des actionnaires existants lorsque ceux-ci ne participent pas à l’opération.

L’État s’est engagé à souscrire à hauteur de sa participation actuelle et à acquérir tout ou partie des droits préférentiels de souscription de Sorame-CEIR, la structure de la famille Duval.

Les modalités annoncées doivent permettre à l’État de devenir le premier actionnaire sans dépasser 49 % des droits de vote effectifs.

La réalisation de l’opération reste soumise à certaines autorisations réglementaires, notamment à une dérogation de l’Autorité des marchés financiers concernant l’obligation de déposer une offre publique.


Pourquoi Eramet représente un actif stratégique

Le groupe intervient dans l’extraction et la première transformation de minerais indispensables à plusieurs filières industrielles.

Le manganèse est notamment utilisé dans la sidérurgie. Le nickel entre dans la fabrication d’aciers inoxydables et de certaines batteries. Le lithium occupe une place majeure dans les technologies de stockage de l’électricité.

Ces matières premières se trouvent au croisement de plusieurs politiques publiques : transition énergétique, électrification automobile, industrie de défense et sécurisation des chaînes d’approvisionnement.

L’Europe dispose d’une industrie de transformation et de fabrication importante, mais dépend largement de ressources extraites ou raffinées hors de son territoire.

Posséder des capacités minières ne suffit toutefois pas à garantir l’autonomie industrielle. Il faut également financer les installations, maîtriser les procédés de transformation, assurer le transport et disposer de clients industriels.


4. Automobile : la concurrence chinoise entre dans une nouvelle phase en Europe

Le Mondial de l’automobile de Paris met en évidence la transformation du marché européen.

Les constructeurs chinois multiplient les modèles électriques et hybrides, tandis que Renault, Stellantis et les autres groupes historiques doivent accélérer le renouvellement de leurs gammes.

La compétition se déroule dans un secteur soumis à trois contraintes simultanées : la transition vers l’électrique, la pression sur les prix et les investissements nécessaires pour développer de nouvelles plateformes automobiles.

L’avantage industriel chinois ne repose pas uniquement sur les salaires

La Chine a construit un écosystème industriel intégrant une part importante de la fabrication des batteries, de leurs composants et des matériaux nécessaires à leur production.

Cette organisation permet à certains constructeurs de maîtriser plusieurs étapes de la chaîne de valeur, depuis la conception des véhicules jusqu’à la production des batteries.

Le coût final d’une voiture électrique dépend notamment du prix de la batterie, de la productivité des usines, des volumes produits, de la logistique et des dépenses de recherche.

La concurrence chinoise bénéficie donc d’une combinaison de capacités industrielles, de volumes et d’intégration des fournisseurs.

Les constructeurs européens doivent de leur côté financer simultanément leurs modèles thermiques existants, les nouvelles motorisations et la transformation de leurs sites industriels.

Le problème des réseaux de distribution

L’arrivée de nouvelles marques ne garantit pas leur réussite commerciale.

Les concessionnaires doivent financer les locaux, les véhicules de démonstration, les stocks, les équipements techniques et la formation des équipes.

Ils doivent également assurer l’entretien des véhicules et la disponibilité des pièces détachées.

Or plusieurs distributeurs européens de marques chinoises font état de marges insuffisantes et de difficultés à rentabiliser leurs investissements.

Le sujet est important car un constructeur peut disposer d’un véhicule compétitif sans parvenir à construire un réseau de distribution durable.

Les ventes initiales, parfois soutenues par des campagnes promotionnelles importantes, doivent ensuite permettre de financer les coûts fixes des concessions.

L’Union européenne face à un arbitrage industriel

L’Union européenne a engagé des mesures commerciales concernant les véhicules électriques fabriqués en Chine, notamment des droits compensateurs destinés à répondre aux subventions identifiées par son enquête.

Ces mesures cherchent à rétablir des conditions de concurrence jugées plus équitables.

Elles peuvent toutefois modifier les prix des véhicules importés et les stratégies d’implantation des constructeurs.

Certains groupes peuvent choisir de produire davantage en Europe afin de réduire leur exposition aux droits de douane et de se rapprocher de leurs marchés.

La localisation de la production ne règle cependant pas automatiquement la question de la dépendance aux batteries, aux composants électroniques ou aux matières premières.

L’enjeu pour l’industrie automobile européenne dépasse donc les parts de marché. Il concerne le maintien des usines, les emplois industriels, la maîtrise des technologies et la capacité à financer les prochaines générations de véhicules.

5. Défaillances d’entreprises : pourquoi la fragilité financière persiste malgré la poursuite de l’activité

Les difficultés des entreprises françaises ne se résument pas aux procédures collectives.

Une entreprise peut continuer à vendre, à employer des salariés et à honorer ses commandes tout en voyant ses marges et sa trésorerie se dégrader.

Cette distinction est essentielle pour comprendre les tensions qui affectent les petites et moyennes entreprises.

Le chiffre d’affaires ne mesure pas la santé financière

Le chiffre d’affaires représente les ventes réalisées sur une période. Il ne dit pas combien l’entreprise conserve après paiement de ses charges.

Une entreprise peut augmenter ses ventes tout en gagnant moins d’argent si ses coûts progressent plus rapidement.

Les dépenses de personnel, les loyers, les assurances, les achats de matières premières, les frais de transport et les intérêts d’emprunt peuvent absorber une part croissante de ses revenus.

La marge constitue donc un indicateur complémentaire indispensable.

La trésorerie mesure quant à elle les liquidités effectivement disponibles pour régler les dépenses et les échéances.

Une entreprise rentable sur le papier peut connaître des difficultés si ses clients paient tardivement ou si elle doit financer des stocks importants.

Pourquoi les petites entreprises sont particulièrement exposées

Les grandes entreprises disposent généralement de plusieurs possibilités de financement : crédit bancaire, émissions obligataires, augmentation de capital ou mobilisation d’actifs.

Les petites entreprises dépendent davantage de leurs recettes courantes, des banques et parfois des apports personnels de leurs dirigeants.

Lorsque les marges diminuent, les premiers ajustements concernent souvent les investissements, les recrutements et la rémunération du chef d’entreprise.

Ces décisions peuvent permettre de préserver l’activité à court terme, mais elles réduisent aussi les capacités de développement.

La situation devient plus délicate lorsqu’une entreprise doit simultanément renouveler ses équipements, rembourser ses emprunts et absorber une baisse de la demande.

Les défaillances sont un indicateur retardé

Une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire intervient généralement après une période de difficultés.

Les statistiques de défaillances enregistrent donc l’aboutissement de situations qui peuvent avoir commencé plusieurs mois auparavant.

Pour apprécier la santé réelle du tissu économique, il faut également examiner les retards de paiement, les marges, les carnets de commandes, les investissements et les besoins de financement.

La Banque de France, l’Insee et les organismes de suivi des entreprises publient des indicateurs complémentaires, dont les périmètres et les méthodes doivent être distingués.

La question économique est aussi territoriale

Les conséquences d’une défaillance ne se limitent pas aux salariés directement concernés.

La disparition d’une entreprise peut fragiliser ses fournisseurs, ses sous-traitants et les commerces qui dépendent de son activité.

Dans certains territoires, les petites entreprises assurent une part essentielle des services de proximité et de l’emploi.

Le maintien d’une activité économiquement viable dépend alors de plusieurs facteurs : demande locale, accès au financement, disponibilité de la main-d’œuvre et capacité à répercuter les coûts dans les prix.

La compréhension de ces mécanismes exige d’observer les entreprises avant qu’elles n’entrent dans les statistiques judiciaires.


Auteur

Alexandra Richert

Attachée de presse et fondatrice du cabinet Advocaciz.

Experte en relations presse, relations publiques et gestion de crise réputationnelle.


La souveraineté industrielle a un coût financier

L’intervention publique révèle une difficulté structurelle.

Les activités minières exigent des investissements considérables, engagés plusieurs années avant la commercialisation des productions. Leur rentabilité dépend ensuite de cours internationaux particulièrement volatils.

Une baisse des prix du nickel ou du lithium peut fragiliser les comptes d’un producteur alors même que ces ressources restent stratégiques pour les États.

La France doit donc arbitrer entre deux impératifs : préserver une entreprise jugée essentielle à sa sécurité d’approvisionnement et limiter l’exposition des finances publiques aux risques industriels.

La montée de l’État au capital d’Eramet ne constitue pas une nationalisation. Elle modifie néanmoins les équilibres de gouvernance d’un groupe industriel international et renforce le rôle des pouvoirs publics dans ses orientations stratégiques.

 
 
 

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À propos de l’auteure Alexandra Richert est spécialiste de la communication stratégique, des relations presse, des affaires publiques et de la gestion de réputation. Ancienne directrice générale de D

 
 
 

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