Les infos du jour à comprendre
L’actualité du 25 septembre
➡️ Arctique : la France ouvre une route militaire par le Groenland
4 Rafale F4, 3 A330 MRTT, 2 A400M, 300 aviateurs, neuf escales et près de 40 jours de déploiement. Pégase 26 est parti le 8 septembre et doit s’achever le 15 octobre.
La première étape donne la mesure du changement. Les Rafale français ont gagné l’Amérique du Nord par les hautes latitudes avant de rejoindre l’Alaska. Onze heures de vol, six ravitaillements en vol et un environnement où les possibilités de déroutement sont rares.
En Alaska, les équipages français se sont entraînés avec les F-22 et F-35 américains sur une zone aérienne d’une superficie comparable à celle de la France.
Le trajet choisi cette année passe par une région longtemps périphérique dans les stratégies européennes. Elle ne l’est plus.
Le Groenland se trouve entre Amérique du Nord, Europe et Arctique. La Russie possède la plus longue façade arctique au monde. La fonte des glaces augmente progressivement l’accessibilité des routes maritimes du Grand Nord. Les sous-sols groenlandais concentrent également des minerais critiques recherchés par les industries de défense, de l’électronique et de la transition énergétique.
Pégase reste une mission de projection vers l’Indopacifique, mais son itinéraire 2026 ajoute un théâtre à la démonstration française : l’Arctique.
La France teste concrètement sa capacité à déplacer chasseurs, ravitailleurs, transport et personnels par le Nord américain avant de poursuivre vers le Pacifique.
➡️ Sécurité économique : 418 investissements étrangers sont passés au filtre de Bercy en 2025
Le chiffre vient d’être publié par la Direction générale du Trésor : 418 dossiers ont été déposés en 2025 au titre du contrôle des investissements étrangers en France, contre 392 en 2024.
Le volume a plus que triplé depuis 2014.
Sur les 323 décisions rendues à la suite d’une demande d’autorisation, 52 % des opérations relevaient effectivement du dispositif de contrôle. Bercy a délivré 167 autorisations.
Surtout, 49 % de ces autorisations ont été assorties de conditions.
Le contrôle français fonctionne donc beaucoup moins comme un mécanisme d’interdiction que comme un outil permettant à l’État de négocier les conditions d’une acquisition : maintien d’activités ou de capacités en France, protection de technologies, gouvernance, sécurité des approvisionnements ou contrôle de certaines informations.
Le nombre de refus confirme cette pratique : sept opérations seulement ont fait l’objet d’un refus formel en quatre ans.
La sécurité économique française s’est progressivement étendue au-delà de la défense. Semi-conducteurs, intelligence artificielle, cybersécurité, données, énergie, infrastructures, biotechnologies ou technologies quantiques peuvent faire entrer une opération dans le radar de l’État.
Le mouvement est également européen. Le règlement européen révisant le filtrage des investissements directs étrangers a été adopté en juin 2026. La France doit adapter son dispositif avant la fin de l’année.
Cette montée du contrôle intervient sans effondrement des investissements internationaux : la France est restée en 2025, pour la sixième année consécutive, le premier pays européen d’accueil des investissements directs étrangers.
L’équation française tient dans ces deux chiffres : 418 dossiers examinés, sept refus en quatre ans.
Ouverture aux capitaux étrangers et contrôle des actifs stratégiques sont désormais conduits simultanément.
➡️ Logement : la pénurie rencontre le calendrier énergétique
Le marché locatif cumule deux mouvements.
Le premier concerne la construction.
Entre août 2025 et juillet 2026, 370 673 logements ont été autorisés à la construction en France. C’est 9,5 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes.
En juillet, 29 577 logements ont été autorisés, soit une baisse mensuelle de 2,5 %. Les mises en chantier sont estimées à 27 677 logements.
Le second mouvement concerne le parc existant.
La France comptait au 1er janvier 2025 30,9 millions de résidences principales. Parmi elles, 3,9 millions étaient classées F ou G, soit 12,7 % du parc.
Dans le parc locatif privé, la proportion atteint 13,8 %, représentant environ 1,1 million de logements.
Le calendrier réglementaire est désormais engagé : les logements classés G sont progressivement exclus de la location depuis 2025, les F doivent suivre en 2028 et les E en 2034.
Or les logements E représentent encore 17,8 % des résidences principales françaises. Les F, 7,9 %. Les G, 4,8 %.
Près d’un logement principal sur trois se trouve donc aujourd’hui classé E, F ou G.
Dans un marché suffisamment abondant, la rénovation énergétique peut être absorbée par des travaux et le renouvellement du parc. Dans un marché où la construction reste faible, chaque logement temporairement ou définitivement retiré de la location réduit une offre déjà contrainte.
Les comportements des investisseurs s’adaptent. À Lille, Le Figaro observe le développement d’achats de maisons ouvrières transformées en colocations. Le rendement est recherché autrement, avec davantage de locataires par bien et des actifs immobiliers différents de l’appartement locatif classique.
Le marché français doit ainsi absorber en même temps le déficit de construction, la rénovation énergétique du parc ancien et une demande locative élevée.
3,9 millions de passoires énergétiques d’un côté, 370 673 logements autorisés sur douze mois de l’autre : les deux politiques publiques se rencontrent désormais sur le même marché.
➡️ Climat : les records passent de l’atmosphère aux bilans économiques
L’anomalie de température mesurée dans le Pacifique central a atteint 3,11 °C le 21 septembre, dépassant le précédent record quotidien de 3,08 °C, enregistré en novembre 2015.
La précocité du niveau observé retient particulièrement l’attention : les épisodes El Niño les plus puissants atteignent habituellement leur maximum en novembre ou décembre.
Une étude citée par Le Figaro estime qu’un épisode extrême pourrait provoquer jusqu’à 500 000 décès supplémentaires liés à la chaleur.
Le même jour, Libération regarde le problème depuis le sol.
Après les fortes sécheresses estivales, le retour des pluies ne rétablit pas automatiquement la situation antérieure. Un sol desséché se fissure, retient moins bien l’eau et peut absorber plus difficilement des précipitations brutales.
Le phénomène touche directement l’agriculture. Moins d’humidité disponible et des sols dégradés signifient une productivité plus instable.
Mais la facture déborde largement les exploitations agricoles.
Les sols argileux se rétractent avec la sécheresse puis gonflent avec le retour de l’humidité. Ce phénomène peut fissurer les bâtiments. Les fortes précipitations sur des sols incapables d’absorber rapidement l’eau augmentent parallèlement le ruissellement et le risque d’inondation.
Agriculture, assurance habitation, infrastructures, gestion de l’eau et finances des collectivités se retrouvent exposées au même phénomène physique.
Le climat devient progressivement une variable de valeur des actifs : valeur d’une terre agricole, coût d’une maison exposée au retrait-gonflement des argiles, prix de l’assurance, besoin d’investissement d’une collectivité ou sécurité d’une infrastructure.
Intelligence artificielle : après la course aux modèles, celle du capital, des infrastructures et de la responsabilité
➡️ L’industrie de l’IA change rapidement de nature.
La première phase a été dominée par la performance des modèles. La suivante exige des GPU, des data centers, de l’électricité, des réseaux, du stockage et des milliards de capitaux.
Les Échos documentent la difficulté croissante des jeunes entreprises à financer leur accès à la puissance de calcul. Une start-up peut disposer d’un excellent modèle ou d’une application prometteuse tout en restant dépendante de quelques fournisseurs capables de financer les infrastructures nécessaires à son fonctionnement.
Cette dépendance favorise mécaniquement les groupes disposant déjà de capacités financières et industrielles considérables.
Un deuxième front apparaît : l’interface.
Meta développe les lunettes connectées intégrant l’IA. Qualcomm se positionne à la fois sur les data centers et sur les composants destinés aux lunettes intelligentes.
L’objectif est de sortir l’assistant numérique du seul écran du téléphone : caméra, micro, écouteurs, lunettes et intelligence artificielle peuvent fonctionner ensemble et en permanence.
Le troisième front est juridique.
Une procédure australienne évoquée par Le Figaro pose une question appelée à devenir centrale avec les agents autonomes : qui porte la responsabilité lorsqu’une IA ne se contente plus de produire un texte mais exécute une action ?
La chaîne peut associer le concepteur du modèle, le fournisseur de données, l’entreprise qui l’intègre à son système, le développeur d’une application et l’utilisateur final.
Avec un chatbot, l’humain reste généralement celui qui utilise la réponse. Avec un agent, le logiciel peut rechercher une information, sélectionner une option, déclencher une commande ou enchaîner plusieurs opérations.
La question juridique se déplace alors vers la maîtrise de l’action, la traçabilité des décisions et la capacité d’intervention humaine.
Calcul, énergie, terminaux et responsabilité constituent maintenant quatre marchés autour d’une même technologie.
➡️ Radio : 80 % des Français sont désormais couverts par le DAB+
Franceinfo, ICI et France Musique ont changé de fréquence dans plusieurs dizaines de zones depuis le 22 juillet.
À Montpellier, Franceinfo est passé de 105,1 à 98,7 MHz. À Saint-Étienne, de 105,6 à 92,7 MHz. À Angoulême, de 105,5 à 95,1 MHz.
Ces déplacements provoquent la contestation des radios privées, qui surveillent étroitement toute modification des conditions d’accès aux fréquences.
Une fréquence FM reste un actif économique : elle définit une zone de couverture et donne accès à une audience sans intermédiaire technique ou commercial.
Mais le marché bascule progressivement vers une autre infrastructure.
Le DAB+ couvre désormais près de 80 % de la population française.
La radio numérique terrestre permet de diffuser davantage de stations sur une même ressource hertzienne et modifie progressivement la rareté qui structurait historiquement le marché FM.
Elle arrive toutefois dans un paysage où l’audio lui-même s’est fragmenté : radio en direct, podcasts, plateformes musicales, enceintes connectées et écoute sur smartphone se disputent désormais le même temps disponible.
La querelle actuelle sur les fréquences intervient donc au moment où leur valeur économique commence elle-même à changer.
Ce que raconte la conjoncture du 25 septembre
Pris séparément, ces sujets parlent de défense, d’immobilier, d’intelligence artificielle, de radio ou de climat.
Mis ensemble, ils montrent surtout une économie confrontée à la rareté de plusieurs ressources très différentes.
Le logement disponible se raréfie alors que la rénovation du parc s’accélère.
La puissance de calcul devient suffisamment coûteuse pour favoriser les entreprises disposant du plus gros capital.
Les technologies stratégiques sont suffisamment précieuses pour que l’État examine désormais plus de 400 dossiers d’investissements étrangers par an.
Les fréquences radio, historiquement rares, perdent progressivement cette caractéristique avec le numérique.
L’eau et la qualité des sols deviennent des paramètres économiques pour l’agriculture, l’immobilier et les collectivités.
Et l’Arctique, longtemps contraint par la glace et la distance, devient suffisamment accessible et stratégique pour accueillir des exercices militaires français avec des F-22 et F-35 américains.
Une part croissante des politiques économiques consiste aujourd’hui à organiser l’accès à ces ressources : capital, énergie, logement, données, technologies, eau, fréquences ou territoires.
Les chiffres du jour donnent une mesure assez concrète du mouvement : 418 investissements étrangers examinés, 3,9 millions de passoires thermiques, une construction toujours 9,5 % sous sa moyenne récente, 80 % du territoire humain couvert par le DAB+, 300 aviateurs français projetés par l’Arctique et un Pacifique central affichant une anomalie de 3,11 °C.
Alexandra Richert
Attachée de presse et fondatrice du cabinet Advocaciz.
Experte en relations presse, relations publiques et gestion de crise réputationnelle.




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