top of page
LOGO-ADVOCACIZ-noir-baseline.png

Analyse de l’actualité du 11 septembre

Alexandra Richert
il y a 10 heures
5 min de lecture

Alger rompt avec Abou Dhabi : la géographie des alliances se durcit

La rupture annoncée jeudi entre l’Algérie et les Émirats arabes unis ne vient pas d’un incident isolé. Alger dit avoir « épuisé » les moyens de préserver la relation et accuse Abou Dhabi d’une succession d’agissements hostiles. La crise s’est construite sur plusieurs théâtres à la fois : Libye, Soudan, Mali, Niger et plus largement Sahel, où les deux pays ne soutiennent pas les mêmes acteurs et ne lisent pas les mêmes rapports de force.

À cela s’ajoute un facteur plus structurant : le rapprochement entre les Émirats, le Maroc et Israël depuis 2020. Les accords d’Abraham ont permis la normalisation entre Abou Dhabi et Israël tandis que Washington reconnaissait la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Pour Alger, soutien traditionnel du Front Polisario et en rupture diplomatique avec Rabat depuis 2021, cet axe est directement lié à son environnement sécuritaire. La brouille avec les Émirats devient donc l’un des symptômes d’une recomposition beaucoup plus large du Maghreb et du Sahel.


En Allemagne, l’AfD cesse d’être une anomalie électorale

Le débat allemand change de nature. Pendant longtemps, l’AfD a pu être décrite comme un vote de colère, fortement implanté dans l’Est et alimenté par l’immigration, la défiance envers Berlin ou le déclassement de certains territoires. Sa progression et son enracinement rendent cette lecture insuffisante.

Le sujet pour les partis traditionnels n’est plus seulement de contenir une poussée électorale, mais de composer avec une formation d’extrême droite durablement installée dans le système politique. Cela affecte d’abord la droite, obligée de définir jusqu’où maintenir le cordon sanitaire, mais aussi l’ensemble des coalitions possibles.


L’intelligence artificielle découvre une ressource rare : l’électricité

Pendant des années, le data center a été présenté comme une infrastructure presque immatérielle : du « cloud ». Le Texas rappelle qu’il s’agit surtout de bâtiments qui consomment énormément d’électricité.

L’explosion des capacités nécessaires à l’intelligence artificielle oblige désormais les autorités à arbitrer les raccordements au réseau. Certains nouveaux projets pourraient devoir démontrer qu’ils disposent d’un approvisionnement suffisant avant d’être autorisés à consommer davantage.

C’est un changement important dans l’économie numérique : l’accès au capital, aux puces ou aux meilleurs ingénieurs ne suffit plus. La disponibilité de mégawatts, de lignes électriques et de capacités de production devient elle aussi un avantage compétitif.


Le Rafale F5 prépare déjà la dissuasion de 2035

La prochaine génération du Rafale doit être regardée moins comme une modernisation aéronautique que comme un morceau de la stratégie nucléaire française.

La DGA a lancé en juin le développement de l’ASN4G, missile air-sol nucléaire de quatrième génération qui doit entrer en service à l’horizon 2035 et être emporté par le Rafale F5. Il remplacera l’ASMPA rénové. Le choix technologique repose notamment sur l’hypervélocité, avec des vitesses supérieures à Mach 5, afin de conserver une capacité de pénétration face à des défenses aériennes de plus en plus sophistiquées.

Le calendrier dit aussi quelque chose de la dissuasion : ce qui sera opérationnel dans dix ans se décide aujourd’hui.


Spatial : l’Europe dépense davantage mais continue de courir derrière SpaceX

Le sommet spatial de Paris devait montrer le réveil européen. Il a surtout mis en évidence l’ampleur du retard.

L’Europe augmente les budgets, prépare Iris², veut consolider Airbus, Thales et Leonardo et remet Ariane 6 au centre du jeu. Mais SpaceX conserve une avance considérable, notamment dans les lanceurs réutilisables et dans le rythme des tirs. Les rivalités entre Paris et Berlin sur l’organisation industrielle et le financement compliquent encore la construction d’une stratégie commune.

Le paradoxe est désormais connu : l’Europe veut retrouver sa souveraineté spatiale tout en restant dépendante d’acteurs américains sur certains maillons essentiels. Le problème n’est plus de savoir si l’espace est stratégique. Il est de savoir combien l’Europe est réellement prête à payer pour ne plus dépendre des autres.


La BCE rappelle que l’inflation n’a pas disparu

La Banque centrale européenne relève ses taux directeurs de 0,25 point : le taux de dépôt atteint 2,50 % et celui de refinancement 3 %. L’inflation 2026 est désormais anticipée à 3 %, contre 2,7 % auparavant.

La hausse paraît technique, mais ses effets sont très concrets. Le taux directeur finit dans le crédit immobilier, le financement des entreprises, la valorisation des actifs et le coût du service de la dette. Après plusieurs mois pendant lesquels les marchés avaient surtout anticipé un assouplissement monétaire, le signal est clair : la BCE reste prête à renchérir l’argent lorsque les prix repartent.


Trump et le chèque à 5 000 dollars : quand les droits de douane deviennent une promesse électorale

Donald Trump avance l’idée de reverser jusqu’à 5 000 dollars par adulte américain, financés notamment par les recettes douanières et les économies budgétaires.

L’arithmétique est spectaculaire. Avec environ 200 millions d’adultes concernés, la dépense théorique pourrait approcher 1 000 milliards de dollars. Dans le même temps, la dette fédérale américaine dépasse 40 000 milliards de dollars.

Il y a derrière cette proposition un renversement intéressant de la doctrine commerciale : les droits de douane ne sont plus seulement présentés comme une protection des producteurs américains, mais comme une recette susceptible d’être directement redistribuée aux ménages.


La justice administrative croule sous les dossiers et teste l’IA

Les tribunaux administratifs français ont reçu 273 370 nouvelles affaires en 2025, soit 20 % de plus en quatre ans. Au Conseil d’État, la progression atteint 14 %.

Face à cette hausse, l’intelligence artificielle est testée pour certaines opérations répétitives : classement, recherche documentaire, aide au traitement de masses de pièces.

La question intéressante n’est donc pas celle, fantasmée, d’un algorithme qui remplacerait le juge. Elle est beaucoup plus immédiate : combien de temps humain peut-on récupérer sur tout ce qui entoure la décision de justice sans toucher à la décision elle-même ?


Transparence salariale : les entreprises vont devoir expliquer les écarts

La directive européenne sur la transparence des rémunérations change progressivement la nature de la discussion salariale. Il ne s’agit plus seulement d’afficher un indicateur femmes-hommes. Les entreprises devront pouvoir fournir des données, comparer des emplois de valeur équivalente et objectiver certaines différences de rémunération.

C’est précisément ce qui inquiète une partie des employeurs : la rémunération, longtemps gérée comme un mélange de marché, d’ancienneté, de négociation individuelle et de politique interne, devient davantage documentable et contestable. L’enjeu sera particulièrement lourd pour les petites structures si les obligations administratives ne sont pas proportionnées à leur taille.


La carte du monde était aussi une manière de regarder le monde

La projection de Mercator, conçue au XVIe siècle et toujours omniprésente, respecte les angles mais déforme fortement les superficies à mesure que l’on s’approche des pôles.

Conséquence célèbre : le Groenland paraît visuellement comparable à l’Afrique alors que l’Afrique est environ quatorze fois plus grande. Une nouvelle représentation adoptée dans le cadre des Nations unies cherche à rendre les superficies plus fidèles.

Ce n’est pas seulement une curiosité de géographe. Une carte enseigne silencieusement des rapports de taille, de centralité et donc, indirectement, de puissance. Pendant plusieurs siècles, l’une des représentations les plus familières de la planète a mécaniquement grossi l’Europe et l’Amérique du Nord et rapetissé l’Afrique.

 
 
 

Commentaires


bottom of page